Perdre l’odorat est la dernière chose que j’aurais pu imaginer, mon odorat était si fort, il m’indisposait par sa sensibilité exacerbée, les odeurs illustraient mes jours, mes souvenirs, je me souviens de la ville du Caire par cette odeur de caoutchouc brûlé qui me saisissait le matin, je me souviens des rues de Beyrouth, cette odeur de chaleur écrasante sur le macadam, avec les arômes fruités de certains marchés, Istanbul depuis mes 14 ans me rappelle l’aneth que j’ai connu là bas, en dégustant un plat non loin derrière Sainte Sophie.

De mes origines russes, je n’oublierai jamais le parfum de l’encens qui me saisissait lorsque je visitais la Cathédrale Alexandre Nevski de la rue Daru. Je me souviens des hommes que j’ai aimés, leurs odeurs, leurs parfums, ça allait du parfum Allure de Chanel à ces parfums Hermès qui ont tant de succès. Je me souviens de toutes ces femmes dures, qui portaient Chanel , je me souviens d’un vieux parfum Yves saint Laurent que certaines femmes portaient dans les années 2000.

Et puis adolescentes nous mettions, Dior addict, J’adore Dior, Thierry Mugler, Lolita Lempicka avant de laisser ces odeurs fruitées à d’autres adolescentes en quête de goût, en recherche d’identité. Il y avait des parfums ploucs, c’était rédhibitoire…En boîte de nuit nous sélectionnions ainsi, « j’aime son odeur, je l’ai embrassé, j’ai horreur de son parfum … je l’ai repoussé.  »

Tout ce verbiage adolescent me semble lointain…

Avec cette perte d’odorat c’est tout un monde que je perds… Comment vais je faire ?

Le 16 mars mon nez Covidé a décidé de tout effacer, de ne plus rien sentir, je n’ai plus senti pendant près d’un mois.

Dramatique fut cette expérience, et puis depuis c’est léger, je sens quelques odeurs, surtout les bonnes, lorsque mon nez est collé sur la source, dans une pièce je ne sens plus grand chose, je dois l’avouer ça ne revient pas, ça stagne…

Je ne savais pas que l’odorat faisait autant parti de ma vie, Je rêve de pouvoir un jour ressentir un parfum qui s’échappe dans l’espace aérien, sans devoir me coller au foyer odorant pour saisir cette fragrance.

Alors le soir je ferme les yeux, je repense à tous ces pays, à ces êtres que j’ai aimés, j’imagine mes odeurs, la mémoire me les fait vivre sans les sentir, je suis nostalgique de mon nez … de ses capteurs. si seulement je pouvais sentir encore une fois l’odeur du macadam éveillé

#anosmie

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